Les haines pures, Emma Locatelli

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 J’ai lu cet ouvrage pendant les vacances et je ne saurais dire s’il pourrait vraiment s’agir d’une lecture d’été.

             En effet, si l’on retrouve bien le cadre idéal à ce genre de lectures -un été en Provence- il ne rappelle en rien celui des vacances. L’air y est, semble-t-il, chaud mais plus dans sa version aride et sèche à l’image de l’ambiance qui règne dans le famille de Gabrielle. Le crissement des cigales n’a rien d’agréable mais participe au sentiment d’étouffement et d’angoisse qui règne dans ce livre.

Ambiance…

Après des années passées loin du foyer familial, la jeune femme fuyant les fantômes de la guerre, revient parmi les siens. Elle y retrouve sa mère, un être aigri et malveillant, et sa jeune sœur Louise, qui d’adolescente quand elle les avait quittés, s’est transformée en une sublime jeune femme à l’esprit fragile. Le contexte n’aide pas beaucoup également, il s’agit de celui de l’après-guerre et si la Libération a signifié la fin des privations et des horreurs perpétrées par le régime nazi, elle a été aussi l’occasion pour certains de s’adonner à une justice expéditrice. Ces actes commis au nom de la Purification de la France  étaient en réalité prétexte à régler ses comptes. Règne donc un climat de délation et de punition souvent loin des idéaux de la Résistance. C’est dans ce contexte que les voisins de Gabrielle, les Roccetti, ont été massacrés un jour d’été 1944. La jeune femme, ne croyant pas un mot de la rumeur affirmant que ce serait Pietro, le père de la famille, qui aurait abattu ses enfants, décide d’enquêter sur les circonstances troubles du crime. Elle est soutenue par Paul Morand, le nouveau locataire du mas des Roccetti, dont l’aura de mystère n’est pas sans troubler la jeune femme.  Ses questions mettent peu à peu à jour les exploits peu reluisants des habitants de la petite ville de Bayon : résistance de la dernière heure, femmes tondues et humiliée, résistants ripoux et autres actes de délation gratuits.

Il s’agit donc d’un roman noir, aride et dur. J’avoue avoir eu du mal à rentrer dedans. Le premier chapitre n’est que laideur et médiocrité, effet rendu à merveille par l’écriture d’Emma Locatelli qui m’a déstabilisée. Si elle est comparée à Sébastien Japrisot et Philippe Claudel pour les thématiques abordées, la représentation de la noirceur humaine … elle ne se permet aucune fantaisie ou moment de douceur. Le tableau brossé est terriblement sombre même dans son dénouement. J’ai mis un long chapitre à m’y habituer et puis arrive ce chapitre : la description de l’Exode vécut par Gaby. La haine, la rage de la destruction à l’échelle de l’humanité sont décrites avec les mots justes, incisifs. Une lente montée jusqu’au paroxysme de l’horreur. Une des plus belles pages de la littérature pour moi. A partir de là, Emma Locatelli m’a ferrée dans son écriture, je n’ai pas compris exactement où elle voulait en venir, car la fin est plutôt assez imprévisible, mais j’ai compris ce qu’elle voulait nous montrer et comment, et j’ai accepté de voir la haine dans toute sa vérité crue.

Un autre aspect qui m’a particulièrement séduite dans ce récit, c’est le choix du contexte : la Libération et l’épuration qui s’en est suivi. Une période souvent négligée dans la littérature, le cinéma et même l’historiographie car on est longtemps resté sur cette image forgée et voulue par De Gaulle et le Comité de Résistance à savoir une France combattante pendant toutes les années de guerre, ayant combattu l’horreur nazie et pure de tout crime : le gouvernement de Pétain ne représentant qu’une minorité de Français dont les crimes furent punis à la Libération. Pourtant, il a été prouvé que dans de nombreux cas les actes de justice fait au nom de la Résistance n’avaient de juste que le nom. On a longtemps tues des exactions qui n’étaient en réalité que des prétextes pour régler des comptes n’ayant souvent rien à voir avec la guerre. Ce n’est pas une image de la France victorieuse et juste voulue par De Gaulle mais celle de la bassesse et de la haine. Bien sûr, l’auteur ne prétend pas que c’était le cas pour toutes les situations mais elle nous met face à une réalité qui 70 ans après nous dérange encore.

L’intrigue est quant à elle extrêmement bien ficelée et on ne ressort pas indemne du dénouement.

En gros, j’ai grandement apprécié cette lecture ce qui pourtant ne semblait pas gagné. Ce n’est peut-être pas la meilleure des lectures pour l’été mais les pages se tournent sans aucune difficulté en débit d’une envie de légèreté estivale souhaitée.

Ce livre vous plaira si :

-vous avez apprécié les Ames grises de Claudel.

-vous avez un faible pour ceux qui vous malmènent.

– les historiens c’est carrément votre genre.

-vous en avez marre de voir la Provence sous son aspect le plus agréable.

– vous aimez les histoires qui se finissent mal.

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2 réflexions sur “Les haines pures, Emma Locatelli

  1. Bonjour ! J’arrive ici par le blog de Mior, et je trouve pas mal de titres que je connais déjà …. Mais celui-là, je n’en ai jamais entendu parler et vu que je corresponds à tous les vous de la liste finale, je note !

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