No Home, Yaa Gyasi

Bon, décidément j’ai du mal à tenir mes bonnes résolutions mais promis, je vais essayer d’être plus active !!!

La nouvelle catherinette d’aujourd’hui s’appelle No Home et je l’ai rencontrée dans le cadre de mon Challenge Tour du Monde.  

Toujours en vadrouille littéraire donc, je m’aventure toujours plus vers des contrées avec lesquelles je suis moins familière, délaissant les pays anglo-saxons et européens pour m’aventurer en terres africaines. Après le Cameroun, le Burundi me voilà au Ghana, où j’ai fait la connaissance de ce très beau roman, émouvant, parfois poétique mais aussi très réaliste. Quand je suis tombée nez à nez avec lui, ses quelques mots d’introduction m’ont tout de suite plu : l’histoire de deux branches d’une même famille, sur près de 3 siècles, mais que l’Histoire a séparé au grès de ses soubresauts. Je me suis dis : « Toi, mon coco, je te ramène à la maison, tu me plais. » Je n’ai pas été déçue.

Je vous présente ?

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Milieu du XVIIIe siècle, Côte de l’Or (actuel Ghana).

Deux sœurs, nées d’une même mère mais dans deux villages différents voient leur destin, et par là même celui de leurs descendants, prendre des tours complètement différents. La sublime Effia, fille d’un Grand Homme Fanti, se retrouve mariée de force à un négrier anglais, tandis que sa demie sœur Esi, qu’elle n’ a jamais connue, fille du peuple rival Ashanti, est enlevée pour être vendue comme esclave et envoyée dans les colonies anglaises. Sans le savoir, les deux jeunes femmes se trouvent au même endroit, l’une dans le confort du fort de Cape Coast tandis que l’autre dans les cachots de ce même fort. Le destin de ces deux branches sera connecté par un fil ténu, une pierre-médaillon que chacune des sœurs possèdent et qu’elles transmettront à leurs descendants.

Après les deux premiers chapitres introducteurs, se concentrant chacun sur l’une des deux sœurs, le récit se poursuit en abordant, alternativement et en suivant l’arbre généalogique, un moment dans la vie de leurs descendants.

La branche d’Effia plus « libre » en apparence de choisir son destin, voit celui-ci façonné par les guerres claniques puis de colonisation et enfin d’émancipation. L’auteur à travers le destin de ses personnages retrace l’histoire de ce qui va devenir le Ghana actuel. On lit alors les conséquences du commerce triangulaire sur la région à l’origine des guerres entre populations locales, l’évolution de la présence européenne qui de simples comptoirs s’abroge le droit de réclamer une région entière comme son dû faisant basculer des équilibres millénaires. Yaa Gyasi donne ainsi la parole à ces oubliés de la mémoire : ces populations innocentes prises dans les « arrangements commerciaux » entre esclavagistes européens et africains (rapts, massacres…), les débuts de la colonisation (missionnaires, les méthodes employées…), la prise de conscience du concept de négritude (Senghor : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture. »)

En parallèle, se déroule le destin de la branche implantée malgré elle aux Etats-Unis. On découvre alors le portrait de cette autre Amérique, dont l’histoire est trop souvent tue,  voire même oubliée, alors que ce sont ces exactions commises sur des millions de personnes, qui ont du subir les pires tourments, qui ont permis de construire la nation américaine. Revivent sous nos yeux, l’esclavagisme, l’ émancipation, les conditions de vie dans les mines de charbon, le Civil Right Movement, la misère dans le quartier de Harlem… le racisme et l’exclusion étant le terrible dénominateur commun de chacun des récits.

No Home, c’est donc le récit d’une somme d’événements qui va construire parallèlement, mais également, comme on peut le lire, avec des passerelles entre les deux, les peuples afro-américain et ghanéen.

« Comment expliquer à Marjorie que ce qu’il voulait capter avec son projet était la sensation du temps, l’impression d’être une part de quelque chose qui remontait si loin en arrière, qui était si désespérément vaste qu’il était facile d’oublier qu’elle, lui, chacun d’entre nous, en faisait partie – non pas isolément mais fondamentalement. […] [Les ancêtres de Marcus] avaient tous fait partie de leur temps et […] Marcus était une somme de ces époques ».

Les pierres apportées à la conquête de l’émancipation par chaque générations sont symbolisées par cette pierre-médaillon que les deux branches se transmettent.

Mais No Home, c’est aussi l’histoire d’une terre, d’une maison perdue, que chaque personnage s’efforce de tenter de retrouver (le « Homegoing » du titre original). En effet, c’est un des fils conducteurs du roman, tous les personnages sont des déracinés et vivent avec ce sentiment parfois sans nom d’absence et de manque.

Vous commencez sans doute à deviner mon goût pour les sagas et les fresques romanesques,  j’ai donc été comblée par la lecture de ce roman à l’écriture à la fois poignante, juste et sans pathos flirtant avec la poésie. L’alternance entre les récits et les personnages m’a fait penser aux 12 tribus d’Hattie par Ayana Mathis  que j’avais également beaucoup apprécié.

 

Ce livre est fait pour vous si :

  • votre kif c’est les grandes familles aux destins compliqués
  • vous aimez les historiens qui sortent des sentiers battus
  • vous avez envie de quelque chose d’à la fois différent mais pas trop

 

 

 

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2 réflexions sur “No Home, Yaa Gyasi

  1. Suite à la lecture de ton billet, je me laisse tenter par ce livre . Je le note pour mes prochaines lectures .
    Marie Hélène

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